Sample comme bonjour
L’ITINÉRAIRE DES DEUX SBIRES DE KLF VA DEVENIR UNE VOIE “D’ÉCOLE”: UN PASSÉ AU SEIN DU PETIT MONDE MERVEILLEUX DU ROCK’N'ROLL, UN DÉGOUT DE LA CHOSE, UNE RÉDEMPTION PAR LA DANCE MUSIC. EXPLICATIONS ET PROSPECTIVES PAR JAY RÉMI.
KLF, des initiales qui ne veulent rien dire et pourtant on les retrouve de plus en plus souvent sur toutes les lèvres. S’agit-il d’un groupe arty mythique ? De cerveaux manipulateurs ? De timides génies ou tout simplement d’obsédés de musique pop malins ? Probablement un peu de chaque et certainement plus encore…
Bill Drumond : “On n’a jamais eu de plan d’action, on fait les choses comme elles se présentent. Moi et Jimmy (Cauty, ancien guitariste de Brilliant) sommes ensemble depuis 1987. Seulement comme on n’est pas signé par une multinationale, et qu’en plus on n’a pas de manager, personne ne nous aiguille dans une direction déterminée. On fait ce que l’on a envie de faire, quand on a envie de le faire. Tu trouves nos deux 45 tours sur l’album mais cette décision est la nôtre, pas celle d’un responsable en marketing. C’est comme les remixs (ils ont déjà retravaillés des morceaux de Depeche Mode et de Pet Shop Boys), ça nous touche qu’on nous en propose mais on prend encore plus de plaisir à les refuser “.
Personnalité étrange de la scène de Liverpool, Drummond, après avoir été guitariste de Big In Japan, le premier groupe d’Holly Johnson (Frankie Goes), s’est retrouvé à manager The Bunnymen et Teardrop Explodes avec l’aide de David Balfe (autre figure connue dirigeant aujourd’hui une agence de management gérant entre autres les carrières de Voice Of The Beehive et de Jesus Jones). Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que depuis cette époque, Julian Cope (alors chanteur de Teardrop) leur a gardé une rancune phénoménale et néanmoins étrange (encore récemment notifiée sur les notes de pochette de son dernier simple “Beautiful Love “!). Passé incongru et plutôt rock’n'roll pour un duo qu’on décrit souvent comme des reclus de studio ne s’intéressant qu’aux machines. Y aurait-il eu une cassure ?
B.D.: “Tout à fait. C’est assez personnel mais il se trouve qu’en 86, j’avais décidé de ne plus toucher à une guitare, ni d’écouter du rock’n'roll de ma vie. J’en avais marre, je voulais foutre en l’air 25 ans d’histoire rock. Et c’est vrai, il semblerait qu’un paquet de musiciens aient subi ce même rejet deux ans après lors de l’explosion de l’acid bouse. Tu vois, je venais de passer un an à travailler en tant que conseiller technique sur un album qui coûta trente briques(!) (le dernier Brilliant, totalement ignoré, qui comportait une très belle reprise chantée par June Montana du “It’s a Man’s ManS World “de James Brown, et des crédits de production dus à S A.W.). Soudainement je me suis rendu compte de l’inintérêt, de la futilité du music business, et bien décidé à tout laisser tomber, je me suis enfermé tout seul en studio une dernière fois pour faire tout le contraire. C’est à dire un disque de chansons accompagnées de guitare acoustique, simple et pas cher. Après ça, je me suis retiré à Brighton mais au bout de quinze jours d’inactivité, ne tenant plus, j’appelais Jimmy en lui proposant de travailler sur une idée de disque avec des samplings.
CONCEPTS
Cette collaboration, ce fût The Justified Ancient Of Mu Mu’s, l’un des premier groupes à tranquillement sampler tout ce qui lui passait sous le nez, ouvrant la porte aux loufoques PWEI, ou encore aux imaginatifs 808 State, mais malheureusement aussi à toute une branche de producteurs véreux sans scrupules, pour qui l’accessibilité des sons et l’échantillonnage devenait le meilleur moyen de s’enrichir sans une once de créativité. Immédiatement encensés par la presse anglaise, ils s’avérèrent déjà d’excellent manipulateurs de concepts, le profit de longues années à travailler pour d’autres artistes. Et même si le résultat n’était pas toujours à la hauteur, ils aimaient à se décrire comme un groupe “punk british rap hip hop “…
B.D.: “C’est alors qu’on s’est récolté un gros procès d’Abba dont on avait largement samplé des refrains (”Dancing Queen “). Alors qu’on n’avait pas l’intention consciente d’enfreindre la loi avec un disque aussi underground. Il n’y a pas de loi définie sur le sampling, parce que cet instrument représente un problème. Comment définir ce qui est artistique et ce qui ne l’est pas ? Pourquoi est-ce qu’un peintre ne serait pas poursuivi par l’architecte du bâtiment qu’il intoprète avec sa sensibilité sur une toile ? C’est une question très préoccupante à laquelle je réfléchis depuis longtemps.
Comment vous êtes vous sortis de cette galère ?
B.D.: “Si on avait voulu clarifier la situation devant un juge, ça nous aurait coûté deux cent mille francs pour un procès qu’on aurait de toute manière perdu. Il a fallu que l’on détruise toutes les copies restantes de l’album, les bandes.. on a fait un grand feu et on a tout brûlé “.
Avec “Doctorin’ The Tardis “, ils furent ensuite N°1 des charts anglais sous le nom des Timelords.
B.D.: “Notre idée était de faire une reprise bouse (nous sommes alors en 88.0 du thème musical de la série anglaise “Doctor Who “. On s’est vite aperçu que seul un beat à trois temps fonctionnerait, on a donc choisi la rythmique de Gary Glitter, qui est l’une des rares en pop/rock à ne pas tourner en 4/4. Et là, on s’est rendu
compte que l’on avait un hit potentiel entre nos mains parce qu’on effleurait fortement une fibre inconsciente de la culture anglaise Vous êtes toujours fiers de ce disque ?
B.D.: ‘Bien sûr, enfin, c’est sûr que pour un -vrai ” Jàn de dance music, c’est une -crainte “pas possible! Mais bon, quand on a dix- huit ans, on se branche à fond sur le bard ou sur Bob Dylan. Et puis en vieillissant, tu te rends compte que tu crées toutes ces barrières entre les musiques pour nulle autre raison que celle de t’affirmer
Les gens ont beaucoup de mal à vous situer…
Jimmy Cauty (visiblement de pas très bonne humeur): ” Ce n’est pas notre problème si on inspire la confusion “.
Il y en a parfois qui réagissent carrément mal. Avec ce disque des Timelords, simplement parce que la vieille voiture de police américaine que nous possédons était censée être l’artiste (dans la vidéo et les play back), certaines personnes croyaient que l’on se foutait du monde !
AMBIANCES
Ca ne vous manque pas trop de ne pas faire de concerts ?
B.D.: “Ce qui nous plaît, c’est de faire des disques, de jouer avec les idées. On a fait quelques apparitions, comme à la convention DMC dAmsterdam en novembre dernier. Mais quoi, qui ça• intéresse de voir des rigolos en train de faire semblant de jouer du synthé ? Alors dans un moment de folie, je me suis dit ” fuck this “. J’ai empoigné les platines Technics qu’ils nous avaient prétées et j’ai essayé de les balancer dans la foule, c’était le chaos total. Les techniciens qui nous filmaient ont cru qu’on était devenu fous. (rires). Je trouve que c’est l’un des trucs les plus ;narrant à faire, c’est de se déguiser en groupe Heavy Metal et simuler des solos à n’en plus finir, on a déjà fait ça. On était aussi à cette énorme rave écossaise en 89. Ils nous payaient 10000F cash à l’avance pour performer deux chansons. On s’est mis en tête d’inscrire “children„ ive love you “(”on vous aime les enfants “, c’était le fameux été “summer of love ‘) sur chacun des billets et on les a balancés à trois heures du matin du haut de cette grande tour qui suiplombait ce champ où étaient amassés des milliers de ravers. C’était quelque chose.
Tout le monde dit que vous avez inventé l’Ambiant House ?
j. C.: ” Ce n’est pas vrai, elle existait déjà sous d’autres noms (New Age), c’est une question d’atmosphère, pas de rythme, c’est tout. L’ambiant trouve son utilité dans les raves parce qu’après des heures de batterie, tu as le cerveau légèrement fatigué. Nous animons périodiquement des salles de relaxation dans les fêtes avec mon ami Alex (ils tram ‘aillent ensemble sur le projet The Orb). Oh, et puis on n’a Jàit que trois disques comme ça, c’est pas très important, vraiment…
La dance music a changé quoi en Angleterre ?
B.D.: (rigolant) “Quand Happy Mondays ont un simple qui rentre directos dans le top 20, tu ne peux que te dire que ce disque n’aurait pu exister sans l’existence de la bouse, c’est sûr. La dance music a changé les attitudes, la manière dont tout le monde s’habille, mais surtout elle a rendu la musique beaucoup plus excitante.
publishing info Source | Best Magazine Date | May 1991
| June 16th, 2009 by mh79 | |
| Artist/KLF, Press/Features | |

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